La gravure ancienne

La gravure ancienne

 

Le terme “gravure” vient du grec graphein qui signifie écrire ou dessiner, et désigne d’une façon plus générale la transposition de formes vues ou ressenties en un système de lignes, de points et de surfaces. Il s’agit précisément du processus créateur de reproduction d’un dessin artistique libre sur un matériau choisi. L’objectif de ce travail étant d’obtenir une empreinte de l’œuvre originale afin de pouvoir la reproduire un certain nombre de fois.

La gravure, en rapport avec l’évolution de l’art, s’est profondément transformée au fil du temps. A son apparition, elle restait tributaire de la peinture et ne s’en écartait que très peu. Mais certains grands artistes lui trouvèrent une valeur singulière et la choisirent comme principal mode d’expression. C’est alors que la gravure s’émancipa de la peinture, elle devint autre chose qu’un simple moyen de reproduction d’œuvres picturales. Cependant, elle restait toujours dépendante des livres, dont elle servait à orner, illustrer les pages.

C’est grâce à tous ces éléments que l’on a pu classifier ultérieurement les gravures . Aujourd’hui, on distingue nettement les gravures originales et de reproduction, des gravures libres et d’application. Cette différentiation est au cœur de l’histoire de la gravure.

 

Taille d’épargne/impression en relief :

 

Les techniques en relief sont les plus anciennes techniques de gravure. Les origines de le taille d’épargne se retrouvent aux sources de l’histoire culturelle de l’humanité; Elle est devenue au fil du temps et de ses évolutions multiples, une technique majeure au sein des arts graphiques.

Le principe de l’impression en relief est le suivant : on reporte le dessin sur une planche, les parties que l’on ne souhaite pas imprimer sont retirées par divers moyens mécaniques ou chimiques. Les parties restantes constituent alors le dessin. On dépose de l’encre sur ces reliefs qui se trouvent donc surélevés par rapport au reste de la planche. Puis on presse le support contre le papier pour créer une impression, une estampe.

On peut obtenir une planche à partir de différents matériaux. On utilise le plus couramment du bois, du métal, de l’argile, de la pierre, de la pâte, du linoléum etc. Le choix du matériau et la méthode de gravure représentent des choix esthétiques importants, ils offrent en partie à l’estampe sa singularité. Pour une impression en relief, les procédés d’élaboration de la planche sont : gravure sur pierre, xyloglyphie, xylographie, gravure sur carte à gratter, linographie et linoglyphie, gravure sur métal, gravure sur plomb, zincographie originale.

L’impression peut être réalisée à la main ou à l’aide d’une presse d’imprimeur. On peut aussi se servir, après modification, d’une presse de taille-douce ou d’une presse lithographique.

Avec cette méthode on obtient un résultat caractéristique, l’encre est déposée sur le papier en aplats sans relief et les délimitations du dessin sont nettes. La pression exercée lors du tirage créé une légère dépression des reliefs que l’on peut bien observer sur l’envers de la feuille.

Gravure sur bois ou xylographie (écriture sur bois)

La gravure sur bois est une technique de gravure en taille d’épargne sur une planche de bois, l’artiste y grave en surface un dessin ou des écrits. Il existe deux types de supports, qui correspondent en réalité à deux façons de couper le bois pour confectionner une planche;

  • Il y a d’une part le “bois de fil” (la xyloglyphie), la technique la plus ancienne. Dans ce cas, on coupe la plaque de bois qui servira de planche dans un tronc d’arbre, dans le sens des fibres. On la travaille au couteau (ou canif) et à la gouge en évidant les parties qui resteront blanches sur l’estampe. Le dessin se trouve donc en relief par rapport à la surface de la planche et s’imprimera sur le papier après avoir été encré. Cette technique est une déclinaison des impressions ornementales réalisées sur le tissu dans les cultures Arabes et de l’Inde ancienne. On retrouve également cette méthode d’estampage dans la Rome antique où l’ont marquait les objets personnels avec un tampon en bois, les tesserae signatoriae.C’est cependant principalement à L’Extrême-Orient que l’on doit l’essor de cette technique, notamment grâce à l’utilisation des restes de soie pour la fabrication du papier, vers 105 ap. J.C. C’est en Corée que l’ont utilisa pour la première fois des pièces de bois gravé dans le but de faire des impressions, en 751 ap. J.C. Cette technique fût rapidement réutilisée en Chine sous la dynastie des T’ang en 618-906 ap. J.C. Ce n’est que sept siècles après ses balbutiements que cette technique orientale arriva en Europe.
  • D’autre part, il y a le “bois de bout” (la xylographie). Cette technique, beaucoup plus récente, a été inventée dans la deuxième moitié du 18ème siècle par un jeune graveur anglais Thomas Bewick. Ce dernier réalisa une gravure avec des burins de taille-douce sur une plaque de buis poli, découpée perpendiculairement au sens des fibres du bois. Cette découverte technique offre une meilleure maîtrise du bois et permet d’obtenir un plus grand nombre de nuances. Elle se démocratisa donc rapidement est prit une place prépondérante dans l’illustration.

On distingue deux sortes de travail xylographique : la xylographie en fac-similé, le graveur repasse sur les lignes du dessin original, et la xylographie de teinte, où le graveur transpose comme il en rend les différentes nuances d’un lavis, d’une peinture, ou même d’une photographie en un système précis de lignes parallèles. Il s’agit alors d’une interprétation personnelle qui requiert un véritable talent créateur de la part du graveur.

Aujourd’hui, on utilise la xylographie principalement pour le tirage d’épreuves volantes.

 

Taille douce/Impression en creux :

 

L’expression de taille douce regroupe l’ensemble des techniques par lesquelles les lignes ou les points du dessin sont creusés dans une plaque métallique lisse. Ce sont ces incisions et ces parties en creux qui reçoivent l’encre. Ce procédé d’impression est en fait l’exact opposé de l’impression en relief.

On utilise généralement des plaques de cuivre ou de zinc comme support ou matrice, et les incisions sont réalisées soit chimiquement (ce que l’on appelle aussi les techniques de taille douce humides) soit mécaniquement (techniques de taille douce sèches), il existe différents procédés dans ces deux catégories : l’eau-forte, la gravure au burin, au pointillé, à la pointe sèche, au poinçon…

Dans la gravure en taille douce, le dessin à imprimer est creusé dans une plaque de métal soit au moyen d’un outil tranchant appelé burin, que l’on tient fermement dans la main, dans ce cas le processus est appelé taille douce sèche, soit par l’action corrosive d’un acide, notamment l’eau-forte, c’est la taille douce humide. Dans le cas de la gravure à l’eau forte, par exemple, la plaque est recouverte d’une couche de résine ou de cire résistante à l’acide. A l’aide d’une pointe ou d’une aiguille, on grave le dessin dans cette couche supérieure laissant ainsi apparaitre le métal qui se trouve en dessous. On plonge ensuite la planche dans un bain d’acide, celui-ci “mord” en surface les parties non protégées par la résine et laisse intacte le reste de la plaque. Le terme technique de “morsure” employé en imprimerie désigne le processus de gravure d’une image par l’action corrosive d’un acide. Une fois que l’on juge la gravure assez profonde, on retire la plaque du bain d’acide, puis on enlève la couche de résine pour passer à l’étape suivante : l’impression.

Afin de créer une estampe à partir d’une gravure en taille douce, on applique l’encre sur la plaque en l’étalant et en tamponnant afin de bien faire rentrer l’encre dans les lignes en creux formant le dessin. On essuie ensuite la plaque avec un chiffon en tarlatane pour enlever l’excédant d’encre. Pour la finition, on utilise souvent du papier journal ou des pages de bottin afin de ne laisser de l’encre que dans les incisions. On place un morceau de papier humide sur la plaque, de manière à ce que, pressé contre celle-ci, il aille “chercher” l’encre dans les rainures. Ensuite on recouvre le papier et la plaque d’une épaisse couverture pour assurer une pression suffisante lorsque l’ensemble passera dans la presse. La presse à taille-douce exerce une pression très forte sur l’ensemble de manière à bien pousser le papier au fond des rainures.

L’impression en taille douce est apparue en Europe bien après l’impression en taille d’épargne. L’exemple le plus ancien date probablement de la fin des années 1430, il s’agit d’ornements pour des cartes à jouer fabriquées en Allemagne et réalisés à la pointe sèche. Ce sont les orfèvres qui depuis des temps anciens, pratiquaient la gravure ornementale sur des armes à feux, des instruments de musique et des objets religieux. Ils utilisaient aussi à l’origine la technique du niellage. Le nielle est un sulfure métallique noire composé de cuivre, d’argent et plomb ou de borax. Cet alliage était inclus dans les motifs gravés pour les faire contraster avec le fond. Cette technique remonte à l’antiquité. Des érudits et des praticiens de l’impression considèrent même que l’idée de réaliser des estampes à partir de plaques gravées viendrait d’une pratique courante en orfèvrerie, qui visait à faire une empreinte sur papier de motifs gravés sur un objet, dans le but de constituer des archives des travaux réalisés ou d’en vérifier la qualité.

Martin Schongauer fut l’un des premiers artistes connu à exploiter la technique de la gravure sur cuivre, et Albrercht Dürer est l’un des artistes les plus connus ayant travaillé en taille douce. La gravure apparut en Italie et en Hollande légèrement plus tard qu’en Allemagne, mais était déjà bien développée dès 1500. La pointe sèche et la gravure à l’eau-forte sont aussi des inventions allemandes datant du 15ème siècle, probablement misent au point par Housebook Master et Daniel Hopfer, respectivement.

Au 19ème siècle, l’imprimeur viennois Karl Klic, présenta un procédé technique combinant taille douce et photographie. La photogravure conservait les tons doux et réguliers de la photographie tout en étant imprimée à partir d’une plaque de cuivre gravée à l’eau-forte. Cela permit d’imprimer des images photographiques sur un papier classique pour illustrer des livres ou des albums.